Bienvenu dans la famille norvégienne de la Corona Boreale
Un échange de coups de fil. Une voix cristalline et riante me répond.
C’est novembre, nous sommes en 2003. Je cherche un chaton, cela ne me fait rien qu’il ne soit pas de race. Ma chatte est morte. La Chatte. La Chatte était un symbole, c’était la vraie maîtresse de la maison, elle promenait armée de bazooka avec petit casque et couleurs tactiques sur le museau et souvent elle me faisait de longs discours. Mais en octobre elle est partie. Je ne pense pas la substituer, mais après un mois je ne résiste plus et je me mets à la recherche d’un chaton. Recherche infructueuse, aucune portée. Je me colle au Web, je regarde tous les sites, organismes et privés sont visés. Rien. J’élargie la recherche, abandonne le choix fidèle de la race Soriana qui m’accompagne depuis que je suis toute petite. Mais il n’y a pas à discuter sur le fait que ce doit être une chatte tigrée, sur ce point je ne cède pas.
La voix cristalline qui répond à ma recherche est celle de Maria Grazia. J’ai vu une petite chatte parmi beaucoup de photos, qui sait si j’aurai de la chance. Non, ce chaton a déjà un nouveau maître, mais il y aurait une autre petite chatte me dit cette voix riante, tu veux voir sa photo? Bien sûr, je réponds. Et c’est ainsi qu’il m’arrive la photo d’une petite chatte tigrée aux grands yeux verts, Gelsomina, c’est le nom d’un personnage de Fellini, je me dis. Je la regarde.
Gelsomina parle avec les yeux. Ce sont des sabres coupants lorsqu’elle est en colère, ce sont des lacs verts lorsqu’elle m’étudie, ils sont entrouverts et obliques lorsqu’elle est contente, ils sont ronds et sérieux quand elle a faim, ils se dilatent quand elle veut jouer et se met aux aguets. Elle aussi me parle, fait des discours brefs et précis. Nous nous comprenons à demi-mot.
L’adolescence de Gelsomina a été riche de «hobbies», elle s’est amusée à faire le menuisier et le forgeron, et même le couturier à dire vrai. Elle avait une prédilection mangeable marquée pour le bois, les objets en métal comme le fer, les tissus, les lacets, les dentelles, les franges (mes écharpes sont maintenant sous une nouvelle version: sans frange!), en somme elle ne s’est rien fait manquer pour mettre sous ses petites dents aiguës.
Maintenant elle est pratiquement adulte et on sait, comme dit un proverbe: «apprendre l’art et le mettre de côté»; maintenant tous les petits intérêts de bricolage ont été substitués par un autre agréable hobby! Elle fait la maman du nouvel arrivé. Et oui, je n’aurais jamais soupçonné un tel instinct maternel et pourtant il apparut à l’arrivée de Gabriel. Le petit Gabriel est arrivé à la maison en juin. Il est arrivé revêche et rebelle suffisamment pour rester caché sous le lit des heures et des heures. Très têtu, immobile là, sans nourriture, sans eau, sans sablon. Même pas Gelsomina a réussi à résister pour toutes ces heures dans son embuscade à ce petit chaton roux placé dans l’angle le plus caché de la chambre. Finalement Gabriel a cédé parce qu’il avait faim, je ne sais pas combien il a mangé à partir de ce moment, aujourd’hui encore il mange pour deux! Et maintenant encore son passe-temps préféré est de s’échapper, maintenant par jeu….finalement! En résumé, Gabriel et Gelsomina sont inséparables depuis le deuxième jour de cohabitation. Ils jouent, se poursuivent, s’embrassent, oui ils s’embrassent vraiment! se lèchent réciproquement et se volent les jouets et la nourriture.
C’est un spectacle divertissant et drôle de les voir ensemble. Ils sont très beaux aussi lorsqu’ils font des désastres les plus inimaginables, impossible de les gronder.Je la regarde plusieurs fois. Le regard de Gelsomina me rappelle celui de la Chatte, un regard de petite peste. Elle est à moi. Qui sait pourquoi il me prend envie de rire. Que dire par exemple de quand Gabriel a affronté de façon intrépide le tour de la baignoire, avec moi dedans, et pour attraper la mousse il est tombé dans l’eau jusqu’aux oreilles? Pour ensuite s’élancer dehors en quelques nano secondes, inondant toute la salle de bain et le salon? Je le vois encore, il avait seulement le dos et la petite tête secs, un spectacle singulier. Tout cotonneux dessus et par contre dessous il ressemblait à un poussin déplumé, ruisselant d’eau de tous les côtés. Mais même à l’occasion de ce bain imprévu il s’est révélé très dur! Il a fait mine de rien, a gardé un noble maintien, et après un instant de perplexité a commencé scrupuleusement à se sécher, comme si de rien n’était... Mais il y aurait bien d’autres aventures à raconter. Chaque jour qui passe est plein de rondes, de cabrioles, de câlins et de jeux. Une aventure la mienne aussi, celle avec eux, commencée avec une voix riante, deux yeux coquins, et la prévision, presque ensorcelée, de Maria Grazia, qu’il ne m’aurait pas suffi avoir une petite chatte “de compagnie", mais que j’aurais continué le chemin avec au moins un couple… pour le moment... de ces chats avec les bottes.



